KMCabinet apprenantAlexandre Assor · Mémoire DEC

Le mémoirePartie I · VoirChapitre 2Section 2

Section 2

L'outil séparé du travail

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ISO 30401 · 4.4.4 b et cProcessus et technologiece qui a manqué

Même quand du temps est prévu, un dispositif reste fragile s’il impose une activité documentaire distincte de la mission. La connaissance continue alors de se former et de circuler dans les outils où les équipes accomplissent réellement leur travail.

Paragraphe 1Les dispositifs documentaires placés à côté du travail

Les cabinets ont créé des bases documentaires, des portails de modèles, des espaces de questions et des réseaux internes. Dans un cabinet tiers, une collaboratrice décrit une plateforme interne dont les réponses lui apportent peu au regard d’une recherche externe. Le cabinet pilote a connu le même arrêt, et la norme permet d’en relire les causes une à une. Une faible activité ne suffit pas à qualifier un échec : un outil peut être utile et peu sollicité. Le critère retenu est autre : le dispositif est-il consulté au moment où une décision se prépare, et quelqu’un décide-t-il de ce qui y entre et de ce qui en sort ?

Observé en cabinet · la plateforme de 2024

La plateforme de connaissances du cabinet pilote a été mise en œuvre à partir de 2024. Elle réunissait un espace de questions-réponses, une bibliothèque et des parcours de formation, et un avocat fiscaliste extérieur au cabinet répondait aux questions de taxe sur la valeur ajoutée. Le dispositif a d’abord été éprouvé sur une équipe de cinq personnes et il a produit des usages réels. Son alimentation a cessé en moins de deux ans, après le départ des personnes qui l’animaient. Trois explications sont proposées, sans qu’aucune ait été mesurée. Personne ne décidait de ce qui entrait ni n’en répondait. L’espace vivait à côté des dossiers. Le résumé et l’anonymisation de chaque fil, restés manuels, n’ont été conduits qu’une fois. Le nombre de contenus publiés, le volume des consultations et la date d’arrêt n’ont pas été retrouvés.

Dans la même période, le même cabinet a tenu son outil de suivi de production, parce que son usage faisait partie de la mission et que la direction s’en servait pour piloter. La différence n’est pas l’outil. C’est la place dans le travail et la présence d’une décision.

Ourouk identifie trois dérives comparables : une base qui reste vide, un projet guidé par l’attrait de l’outil, une accumulation de contenus en double.1 La norme signale, dès son introduction, l’idée erronée selon laquelle un moyen technologique pourrait suffire.2 La difficulté vient moins de l’interface que de la place du dispositif. Quand il faut interrompre la mission, ouvrir un second espace et reconstruire le contexte pour documenter, la contribution devient un travail en plus.

Paragraphe 2L’obsolescence des contenus en l’absence de gouvernance

Une ressource exacte le jour de sa publication peut devenir inadaptée après une évolution réglementaire, un changement de pratique ou la découverte d’un cas limite. Si sa date de révision et la personne qui en répond ne sont pas connues, le lecteur ne peut pas apprécier la confiance à lui accorder. Le fonds existe. Son utilité diminue.

Monnet identifie déjà le risque d’une capitalisation qui ne prévoit pas l’évolution des contenus. Ourouk observe que la connaissance écrite peut rester inappliquée faute de responsabilité claire.3 L’ISO 30401 exige de son côté que l’organisation gère les connaissances devenues obsolètes ou non conformes, par la mise à jour, l’archivage ou le retrait.4 La publication doit ouvrir un cycle de maintien, et non le clore. Ce que le chapitre 2 nomme gouvernance, c’est exactement ce qui manquait aux dispositifs décrits : quelqu’un pour décider de ce qui entre, quelqu’un pour en répondre, quelqu’un pour retirer.

Paragraphe 3La messagerie, lieu principal des échanges

Dans les situations observées, quand une plateforme documentaire cesse d’être alimentée, les courriels continuent de recevoir les questions, les réponses et les pièces. La messagerie tient parce qu’elle appartient au travail courant. Elle n’est pas le seul lieu de la connaissance : le téléphone, le travail partagé et l’apprentissage au contact des autres restent présents. Elle ne constitue pas non plus une mémoire collective : les droits d’accès sont limités, les versions se confondent et aucune révision n’est organisée.

La connaissance qui mérite de durer doit suivre la logique de l’outil de production décrit dans l’encadré : être recueillie dans le mouvement du travail, puis rejoindre un cadre dans lequel sa portée, sa validation et son devenir sont organisés.


  1. OUROUK, Renouveler le regard sur le knowledge management, 2023, p. 47.↩︎

  2. ORGANISATION INTERNATIONALE DE NORMALISATION, ISO 30401:2018, Systèmes de management des connaissances, 2018, p. v.↩︎

  3. MONNET Marie-Laurence, Veille et gestion des connaissances par les communautés de pratiques, 2008, p. 50 ; Ourouk, 2023, p. 44.↩︎

  4. Organisation internationale de normalisation, 2018, p. 7.↩︎

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